Le quartier Vauban à Freiburg

Tout y est : les oiseaux chantent, les enfants jouent dans la rue, des passants se promènent dans ce quartier vivant, coloré et éclectique… Depuis le temps que j’en entendais parler, ça y est c’est là devant mes yeux, comme sur les photos : le quartier Vauban. Une bonne dose d’optimisme !

Vauban, l’exemplaire

Souvent qualifié d’exemplaire sur les aspects performance énergétique des bâtiments et implication des habitants, le quartier est aussi remarquable en termes de paysage et d’urbanisme.

On perçoit au premier abord un quartier inséré dans la ville : connecté, « urbain » et bâti selon un plan masse évident et rationnel. La trame s’organise à partir d’un axe principal (qui est celui de l’ancienne caserne sur laquelle le quartier s’est construit) où circule le tramway qui le relie au centre. De part et d’autre, les bâtiments sont édifiés à l’aplomb. Aux rez-de-chaussée, on y trouve des commerces, bureaux, cabinets médicaux, locaux associatifs… Puis le quartier se déploie suivant un schéma orthogonal, tout en préservant la trame verte préexistante.

En progressant dans les rues, on voit des bâtiments relativement homogènes en termes de gabarits (R+2 à R+4) mais une grande diversité dans les façades. En y regardant plus attentivement, on comprend que différentes typologies d’habitat cohabitent et s’enchaînent dans la même rue : des logements collectifs au bout, un logement individuel accolé, puis deux logements dans la même unité, un au rdc et un à l’étage. C’est le contraire de notre urbanisme de sectorisation qui génère des groupes de logements par typologie.

L’architecture peut être qualifiée de simple, appropriée, qualitative, variée, généreuse… Pas de recherche de forme compliquée ni d’innovation dans les matériaux de façade. On pourrait penser que la composition orthogonale du quartier se traduise par une certaine monotonie mais c’est tout l’inverse : les rues sont colorées, chaleureuses, chacune a sa propre identité.

La présence du végétal participe aussi grandement à l’identité du quartier. Il est partout : de part et d’autre des voies, sur les façades, les balcons, les toits, dans les espaces communs… Il foisonne, et chacun semble s’approprier et façonner sa part de verdure. Les espaces privés à l’avant des logements participent grandement à l’ambiance des rues. A priori pas de restriction ou de règlement contraignant l’aspect extérieur ; de même pour l’architecture.

Le rapport intérieur / extérieur semble facile et décomplexé. Les habitants s’approprient les balcons et jardinets sans se barricader. Les espaces publics, pourtant relativement restreints, développent de nombreux usages : les rues se transforment en terrain de foot, les enfants se rendent seuls aux aires de jeux ou au poulailler… Il se dégage une ambiance de sérénité et de bon vivre.

Derrière la carte postale

Un quartier sans voiture

C’est un déterminant fondamental de l’ambiance qui règne dans le quartier. Deux parkings silos regroupent les stationnements pour l’ensemble du site (environ 2000 logements). La présence de l’automobile étant très réduite, cela libère les espaces publics à d’autres usages.

Des habitants impliqués

La participation des futurs habitants a été très forte lors de la conception du quartier et plusieurs îlots ont été conçus en habitat participatif. Cette démarche a favorisé les échanges entre habitants avant même leur installation et donc participé au bon fonctionnement de la vie du quartier. Cette implication a eu aussi pour conséquence la volonté des habitants de s’implanter durablement dans le quartier.

Peu de mixité sociale

La sociologie du quartier qui en résulte est très homogène : 80% de propriétaires, d’une même tranche d’âge (30-50 ans), issus de milieux et origines similaires. C’est le revers de cette démarche participative. On notera quand même que quelques bâtiments de la caserne ont été conservés pour accueillir des logements étudiants ainsi que des logements « alternatifs ». (A la libération des terrains par l’armée, les locaux désaffectés ont été investis par une population qui, jusqu’ici bien acceptée, semble cependant désormais moins désirable dans le quartier…)

Tout n’est donc pas parfait, mais la comparaison avec nos « écoquartiers » made in France reste sans équivoque. La démarche est plus aboutie et, surtout, le résultat donne envie d’y habiter.

Un modèle inexportable ?

Le projet du quartier Vauban a démarré en 1993 et les premières constructions ont vu le jour 3 ans plus tard. Depuis une bonne dizaine d’années, il est visité par de nombreux acteurs de la ville, a servi d’illustration dans beaucoup d’ouvrages d’urbanisme ou documents de sensibilisation aux élus.

L’ « éco-quartier du futur » a pourtant eu peu de répercussion chez nous.

Matière grise ? Les urbanistes et les architectes seraient-ils plus capables outre-Rhin ? Espérons que non. En tous cas, on ne peut invoquer de la complexité dans la conception de ce quartier.

Différences culturelles ? C’est indéniable. Mais on peut espérer qu’elles s’expriment plus sur la forme que sur le fond. Dans ce cas, faire évoluer les habitudes ne serait qu’une question de pédagogie et d’échange.

Volonté politique ? Elle existe dans les discours… Mais s’effrite vite dans les actes. Pour chaque projet le scénario se répète : une logique économique imparable obligeant à supprimer une à une les petites valeurs ajoutées tant vantées au départ, à privilégier les modèles les plus rentables, à éviter tout ce qui pourrait générer de potentiels conflits.

Courage, volonté et véritable compétence publique : voilà certainement ce qu’il manque pour concrétiser une fabrique de la ville dans l’intérêt des habitants.

Interviews réalisées par la fondation Braillard Architectes (le point de vue de l’urbaniste, le point de vue de l’habitant), Ville de Freiburg (fiches et cartographies Ausstellungsplakate)

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